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Clarisse Lavanant : "Où c'est ailleurs ?"
Entretien enregistré le 10 avril 2002
Propos recueillis et retranscrits par Jean-Michel Fontaine

 

Clarisse Lavanant : Où c'est ailleurs...

Si Alain Souchon avait une fille, elle s'appellerait Clarisse. Clarisse Lavanant. On pourrait croire, à entendre sa voix fragile et émouvante, que Clarisse est une jeune artiste tout juste sortie de l'adolescence. Si elle n'a effectivement que 22 ans, elle se produit, entre festivals et tremplins, depuis 1997. C'est au cours de l'un de ces tremplins qu'elle a rencontré Michel Haumont, guitariste émérite qui est devenu le sien. Les arrangements de Michel Haumont, d'ailleurs, qui co-réalise l'album, sont autant de roses sur la route qui mène à l'univers de Clarisse.

En écoutant "Où c'est ailleurs ?", on se surprend à envier Lucas, avec qui elle vit sous les toits. On aimerait la serrer tendrement dans ses bras lorsqu'elle dort toute seule. On aimerait l'aider à trouver cet ailleurs qu'elle cherche tant. Légère, elle l'est, elle le revendique. Légère comme la caresse d'une bise printanière. Comme ces événements auxquels on ne prête pas attention sur l'instant et qui restent profondément gravés dans nos mémoires.

A 22 ans, Clarisse réalise là un premier album aussi beau que celui d'Axelle Red en 1993. On ne peut que lui souhaiter la même carrière.

Légère

Je suis juste partie sur ce mot. Je trouvais que c'était un beau mot. Je trouvais qu'il sonnait bien. Ce n'est pas si facile que cela d'être léger, malgré ce que l'on peut penser.

Est-ce que cela reflète aussi le style de ta musique ?

C'est vrai que c'est un mot qui revient souvent dans la bouche des gens. Je pense qu'avec la légèreté, on peut faire passer plus de choses, plus de choses graves. Je pense que plus on le dit de façon légère, et plus les gens vont le recevoir. C'est comme cela que je ressens les chansons des autres. Je trouve que Souchon est un bon exemple…

C'est justement quelque chose qui m'a frappé dès la première écoute de ton album. Cette proximité avec Souchon, dans la manière dont tu joues avec les mots.


Où c'est ailleurs

C'est une chanson urbaine. J'habite à Paris depuis 5 ans. Tout va très vite. Plus il y a de gens, et moins il y a de relations. Pas toujours, mais souvent. Plus ça va vite, plus il y a de bruit, et plus on se retrouve pris dans un tourbillon, dans lequel on peut se perdre un petit peu. On cherche souvent ailleurs ce qui est juste à côté de nous. Peut-être que j'aurai la réponse dans le second album.

Est-ce qu'on ne peut pas comprendre cette chanson de manière imagée, également ? Est-ce que, quelle que soit la taille de la ville, on n'arrive pas à trouver sa place, lorsque l'on ne se sent pas en phase avec la société ?

Si si, bien sûr ! Ce n'est pas facile de prendre le train en marche.

 

A.I.M.

C'est l'une de mes plus anciennes chansons. J'avais 18 ans lorsque je l'ai écrite. Je l'ai souvent remaniée, parce qu'à l'époque, on me disait que c'était l'histoire d'une fille des années 50. Je voulais que cela devienne l'histoire d'une jeune fille d'aujourd'hui, donc j'ai changé le texte. Elle n'est pas très éloignée de "Où c'est ailleurs", finalement. "Ailleurs", c'est un tableau d'ensemble, alors que "A.I.M." est un cas particulier.

Quand tu construis une chanson comme "A.I.M.", qui est une scène de la vie de tous les jours, le portrait de quelqu'un, est-ce que tu t'inspires de faits réels, de gens que tu as rencontrés, ou est-ce que tu puises cela dans ton imagination ?

C'est un mélange. Je ne peux pas écrire quelque chose que je n'ai pas ressenti, ou connu. Cela part toujours de moi.

 

L'amour à la vie

C'est une chanson peut-être un peu idéaliste, mais je trouve que cela ne fait pas de mal, parfois, d'être un peu utopiste. J'aime bien la chanter sur scène. J'espère aussi que c'est ce qui pourra arriver. Elle a plus de force quand elle est plus dépouillée, comme je la fais sur scène.

Est-ce que tu as une méthode de travail ?

L'écriture et la composition sont un travail parallèle mais séparé. Généralement, j'écris plein de petits bouts de texte, sur des thèmes, des histoires, parfois avec une petite mélodie. A côté, je recherche des thèmes musicaux, des mélodies. J'essaie ensuite de les faire se correspondre. Avant, j'écrivais des textes complets, et j'ajoutais la mélodie ensuite, mais on sentait qu'il y avait d'une part le texte, et de l'autre la musique. J'essaie de ne pas les aboutir, ni l'un ni l'autre, au départ, et de les finir ensemble.

 

A quoi bon

La pudeur et l'orgueil nous empêchent souvent de faire beaucoup de choses, et c'est dommage. Dire "Pardon" ou "Merci", c'est tout simple, et pourtant, ce n'est pas évident.

Quand j'ai entendu cette chanson la première fois, cela m'a fait penser à Axelle Red. Plusieurs de tes chansons m'ont fait penser à son premier album. Est-ce que tu ressens une proximité avec elle dans sa démarche, son style, son parcours ?

Je ne connais pas bien son parcours, mais j'aime bien ce qu'elle fait. Ce que je préfère, ce sont ses ballades folk comme "Je t'attends", une très jolie chanson, ou "Rien que d'y penser". Elle a un côté proche des gens qui me plaît beaucoup. Elle pourrait être une fille qu'on croise dans la rue. Dans ce sens là, je me sens assez proche. J'aime bien son timbre de voix, également.

 

L'ombre de toi

On m'avait apporté une musique, et j'ai tout de suite eu des images qui me sont venues à l'esprit. Avant que n'apparaissent les mots, ce sont vraiment des images qui viennent, souvent. Cette musique m'en a inspiré beaucoup, notamment de la Bretagne, dont je suis originaire. Un animateur de radio m'a demandé un jour si je croyais aux anges-gardiens, et je lui ai répondu que oui. Cette chanson, c'est un peu ça : toutes les ombres qui nous suivent… Je pense à quelqu'un de disparu, mais ce n'est pas négatif. Quand quelqu'un disparaît, on n'a pas l'impression qu'il est complètement parti. C'est une ombre positive qui nous suit, qui nous guide…

On aurait également pu prendre "L'ombre de toi" comme une métaphore de la Bretagne, de tes origines ?

C'est un tout. C'est une chanson nostalgique, sur tout ce qui nous reste de ce que l'on a perdu. La nostalgie, ce n'est pas forcément triste.

 

Lucas et moi

C'est ma chanson préférée…

Ah bon ? (rires) J'avais 18 ans quand j'ai écrit cette chanson. Quand on me demande qui c'est, Lucas, je réponds, "c'est qui vous voulez", dans le sens où tout le monde a ou a eu quelqu'un… enfin, j'imagine ! On me dit que c'est une chanson un peu naïve, mais c'est bien de ne pas perdre tout sa naïveté. C'est une chanson qui ne plaît pas, parfois. Peut-être à ceux qui habitent dans les F23 ! (rires) C'est le souvenir d'un début de vie. Ça passe trop vite. Ce sont des super souvenirs. La vraie richesse, c'est ça.

Quand tu es arrivée à Paris, c'était pour prouver quelque chose, pour te prouver quelque chose ? Tu avais l'envie d'être connue, d'être reconnue ? Qu'est-ce qui t'a poussée à "monter" à Paris?

Je venais du Mans, et je pensais que pour pouvoir chanter, je devais aller à Paris. C'est là où se font les rencontres, où est le "métier", comme on dit. Au début, cela a un côté un peu grisant. Tout ce monde, ce mouvement, tout est merveilleux. Je me suis dit que c'était un rêve qui se réalisait. Par contre, le public est partout. Il ne faut pas se polariser sur Paris. On en a vite fait le tour (je parle du milieu de la chanson française). Je ne voulais pas que cela devienne un cocon un peu trop confortable.

 

Je dors toute seule

Ce n'est pas ma chanson la plus joyeuse ! (rires)

Quand on l'entend, on a vraiment envie de serrer son interprète dans ses bras pour la consoler. C'est une chanson qui touche profondément.

C'est un moment de mélancolie. J'ai pris les premiers mots qui venaient. On m'a parlé de "poésie du quotidien" à son sujet. C'est une chanson qui ne s'explique pas.

Souvent, les auteurs-compositeurs sont touchés lorsque les gens les remercient pour avoir décrit des sentiments ou des situations qu'ils avaient eux-mêmes vécus. Est-ce que cela a été le cas pour celle-ci ? J'imagine qu'il doit y avoir énormément de jeunes filles célibataires qui ont dû se dire que cela décrivait exactement ce qu'elles vivaient.

Oui. C'est touchant. Ce n'est pas forcément voulu, mais dans ces cas là, on se dit qu'on a atteint son but.

Le message de cette chanson est à la fois très personnel et universel. Universel, car partagé et ressenti par le plus grand nombre.

Quand ça arrive, c'est vraiment bien ! C'est ce qu'on essaie de retrouver à chaque fois. Plusieurs filles sont venues m'en parler. C'est marrant, que des filles.

Les garçons ne s'en vantent pas trop !

Cela crée une certaine amitié, une certaine complicité.

Est-ce que des garçons sont venus te voir, a contrario, pour te dire "tu sais, je peux te consoler ?" (rires)

Oui, en blaguant ! Cela devient une chanson drôle, du coup ! (rires)

 

Barcelone

Ma sœur vit à Barcelone. J'y vais dès que j'ai un moment de libre. C'est un peu comme Paris, mais avec des palmiers ! Les gens ne sont pas aussi stressés qu'à Paris. J'ai écrit cette chanson dès mon retour à Paris. C'était un moyen pour moi d'y être encore un peu. Quand j'étais à Barcelone, j'ai écrit la moitié de mon album. Pour écrire, on a besoin d'être réceptif. A Barcelone, tout bouge, mais on prend quand même le temps. J'ai pu prendre le temps d'écrire.

 

Même si c'est fini

Elle parle de tous les détails auxquels on a pu s'attacher, "après". Sur le coup, on ne s'en aperçoit pas, mais cela prend beaucoup d'importance, quand c'est fini : les lettres, les photos… Ce qui m'intéressait, c'était de faire le parallèle entre le côté matériel des objets, et le côté immatériel des souvenirs.

 

En équilibre

On m'a apporté le refrain, paroles et musique. On marche tous sur un fil : on ne sait pas d'où l'on vient, on ne sait pas exactement où l'on va. D'un autre côté, c'est bien aussi de ne pas savoir. J'aimais bien le jeu entre "équilibre" et "libre". Cela fait autant peur que c'est fascinant, de ne pas savoir.

Tu te sentirais d'attaque pour écrire des chansons sur des thèmes plus graves, comme la mort, la guerre, la religion ?

J'y fais déjà référence dans certaines chansons comme par exemple la religion et les guerres qu'elle peut entraîner dans "L'amour à la vie" ou encore la mort dans "L'ombre de toi", qui parle à la fois d'un être cher disparu mais aussi de manière plus "figurée" de la fin de l'enfance ou d'un paysage perdu (les trois sont liés finalement...). Maintenant, je ne dis pas que je n'aurai pas envie d'approfondir davantage ces thèmes là, de les traiter "de front" mais je ne veux pas le faire de manière trop directe, néanmoins, ni agresser les gens... Pour traiter ce genre de thèmes, je pense qu'il faut du temps pour laisser mûrir ses idées et sans doute de l'expérience. Ce sont des chansons auxquelles on pense un peu chaque jour... Ferré a mis dix minutes pour écrire "Avec le temps", mais cela faisait dix ans qu'il y pensait ! Plus on avance, et plus son univers s'agrandit. Brassens avait dit à Souchon qu'au début, on écrivait des chansons un peu nombrilistes, mais qu'on s'ouvrait sur les autres, avec le temps.

Est-ce que cela t'arrive de te lancer des défis sur un thème particulier ?

Je ne me lance pas de défi particulier au moment d'écrire une chanson puisque le point de départ vient toujours d'une émotion, que ce soit de la colère, du chagrin, de la nostalgie, du désir... ou tout simplement une inspiration... Mais lorsque j'en ai abouti une et que j'ai le sentiment d'avoir réussi à exprimer ce que je voulais, alors j'éprouve comme de l'euphorie ! Malheureusement, cela ne dure pas puisque c'est toujours la crainte de ne pas réussir à écrire la prochaine chanson qui fait place... Le défi est peut-être là, finalement !

 

Jusqu'au jour

C'est la seule chanson au piano de l'album. Est-ce qu'on peut vraiment connaître tout des personnes que l'on croit connaître ? C'est un don que j'aurais bien voulu avoir : lire dans les pensées. Il y a toujours une part qui nous échappe...

C'est dangereux de vouloir savoir tout ce que les autres pensent... C'est très féminin comme mentalité ! [rires]

Peut-être ! En tout cas, on ne peut jamais tout savoir de quelqu'un. [silence] C'est difficile d'expliquer une chanson !

Certains chanteurs écrivent une chanson comme ils joueraient aux cartes ou taperaient dans une balle, mais j'ai l'impression que pour toi, c'est tellement vécu et tellement ressenti - même si ce n'est pas toujours autobiographique - que cela doit être difficile d'en parler.

Oui. Ce n'est pas évident. D'ailleurs, si c'était facile d'en parler, on n'aurait pas besoin de faire des chansons !

[ Clarisse et la scène ]

Depuis septembre 2001, Clarisse remplace alternativement Nourith (Séphora, la femme de Moïse) et Lisbeth Guldbaek (Bithia, la mère adoptive de Moïse), sur la scène de la comédie musicale "Les dix commandements". Elle a donc l'occasion de se produire tant sur des petites scènes, où elle a présenté son album, que devant 5 000 personnes. Je lui ai donc demandé ce qu'elle préférait.

Je trouve paradoxalement les petites salles plus difficiles dans le sens où les gens sont très près de nous et que c'est assez impressionnant... On a aussi plus le temps de se poser des questions, trop ! J'ai l'impression qu'on se laisse plus facilement aller devant des milliers de personnes, c'est enivrant ! Mais d'un autre côté, j'aime l'intimité des petites salles où il y a un réel échange avec le public et c'est quelque chose d'essentiel. On ne peut pas tricher ! En fait, c'est l'idéal de faire les deux, d'alterner, parce qu'une formule apporte véritablement à l'autre...

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(c) décembre 2002 Jean-Michel Fontaine - Tous droits réservés

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