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Goldman : mots de vie et de passage
(Jean-Jacques est resté horriblement modeste.)

Goldman : mots de vie et de passage
Jean-Jacques est resté horriblement modeste.
Enervant qu'il est. Adorable est-il... Magazine des arts et du divertissement

Jean-Jacques Goldman n'a jamais aligné autant de succès. Depuis l'album "Rouge" et les deux tournées, l'" homme aux doigts d'or " n'a cessé de fréquenter les hit-parades par le biais de sa production du Johnny Hallyday, de ses chansons offertes à Céline Dion et Patricia Kaas, de sa collaboration avec Khaled (" Aïcha "). Toujours aussi occupé par la préparation du nouveau Céline Dion qui se fera vers la fin de l'année et par celle de la tournée qui débutera en mars prochain, JJG a tout de même trouvé le temps pour venir un après-midi à Bruxelles parler de ce disque "En passant" sorti très discrètement en août dernier. Ce qui ne l'a pas empêché de se retrouver rapidement en tête du hit-parade belge des ventes d'albums. Rencontre avec un homme des plus charmants qui a réussi à rester simple...

THIERRY COLJON

Thierry Coljon : Après l'album "Rouge", t'étais-tu dit que tu allais davantage écrire des chansons pour les autres que pour toi ?

Jean-Jacques Goldman : Non. Pour moi, il ne s'est pas écoulé plus de temps entre ces deux albums que pour le précédent. Ce qui m'a toujours intéressé le plus, c'est d'écrire des chansons et moi je suis un des interprètes possibles. Il n'y avait pas spécialement d'envie de s'effacer mais bien de répondre aux demandes qu'on me faisait. Il y a eu plus de sollicitations qui m'intéressaient. Mais je n'écris pas tant que ça : pour le Johnny, je n'ai fait que deux chansons, ce fut surtout un gros travail de production. Si on fait le total, incluant mes chansons, ce ne doit pas faire plus de six ou sept chansons par an. Ce qui ne me paraît pas une cadence infernale.

Thierry Coljon : Tu n'as donc pas en permanence un stock de chansons livrables. Tu écris en pensant à celui ou celle qui le chantera. Ce sur mesure n'empêche pas qu'on reconnaît tout de suite ton style...

Jean-Jacques Goldman : Oui, même "Aïcha", sur le plan des accords et des harmonies, ça reste tout à fait dans mes limites. J'en suis très conscient.

Thierry Coljon : Des limites qui rapportent gros car après tous ces succès, tu dois dorénavant être en tête de liste de tous les chasseurs de chansons...

Jean-Jacques Goldman : Ce n'est pas tout à fait vrai de penser que tout ce que je fais marche. Des choses n'ont pas marché : j'ai fait un titre pour Robert Charlebois, un autre pour un jeune chanteur qui s'appelait Christopher Thompson, j'ai fait trois musiques pour Marc Lavoine qui n'ont pas été de gros succès.

Thierry Coljon : Sans parler du Carole Fredericks...

Jean-Jacques Goldman : C'était obligatoire d'en écrire une. Elle ne m'aurait jamais pardonné de ne pas lui faire une ou deux chansons. Michael Jones vient de sortir son album chez Arcade, je n'ai rien écrit, mais j'étais là au mixage pour mettre mon grain de sel comme lui était là pour le mien.

Thierry Coljon : Quand as-tu décidé de revenir à la formule solo ?

Jean-Jacques Goldman : De la même façon qu'est née l'idée du trio : les chansons ont commandé, c'était des duos et des trios. Là, ce sont des chansons plus intimistes, plus personnelles qui venaient.

Thierry Coljon : Ce disque " En passant " est un peu sorti en catimini, fin août, sans prévenir...

Jean-Jacques Goldman : C'était volontaire. Je n'aime pas qu'un album soit très attendu car il ne peut que décevoir. Je disais à tout le monde qu'il serait prêt pour décembre, sachant très bien qu'il sortirait fin août.

Thierry Coljon : La pochette et la mise en page du livret forment un concept photographique avec la complicité de Claude Gassian, un ami de longue date. Quel est le rôle de ses photos - une par chanson - par rapport à leur écriture ?

Jean-Jacques Goldman : Il n'y en a pas. Sinon un rôle joué depuis longtemps sur sa façon de photographier. Il prend toujours le visage à moitié ou les flous. Il y a cette connivence entre nous d'avoir envie d'aller voir derrière le décor. Lui avait des photos qui traînaient, qui n'avaient aucun intérêt commercial, car il n'y avait ni Bjôrk ni Keith Richards dessus, mais il y tenait beaucoup. A partir de ce moment-là on a pris les deux univers et on a vu quelles photos et quelles chansons pouvaient correspondre.

Thierry Coljon : La photo t'a toujours intéressé et en même temps tu es très intransigeant quand il s'agit de te prendre en photo, durant les interviews entre autres ou simplement pour la promotion...

Jean-Jacques Goldman : J'aime les photos des autres. Je préfère être voyeur que vu ou épié. J'ai fait des séances avec Claude pour la promotion de ce disque parce qu'il le faut mais c'est vrai que je ne le fais que tous les quatre ans.

Thierry Coljon : L'actualité récente a remis en cause le travail des photographes et des paparazzis en particulier. Qu'en penses-tu ?

Jean-Jacques Goldman : Je pense que si on prend la photo d'un petit garçon en train de se faire étrangler par quatre personnes, il y aura des acheteurs mais ça ne justifie pas le fait qu'on prenne la photo. Donc il faut des lois. Il faut mettre les dealers en prison. Il faut des lois concernant la moralité des photos sinon il y aura de la demande effectivement. Tout comme on interdit les bouquins faisant l'apologie de la haine raciale.

Le fait qu'il y ait beaucoup de gens qui prennent des charters sexuels pour la Thaïlande, je ne sais pas si ça les justifie.

Thierry Coljon : Les magazines comme " Voici " peuvent se montrer autrement moralisateurs en disant qu'un chanteur restant avec son épouse ne les intéressera pas et sera donc tranquille et ne sera pourchassé que s'il sort avec un mannequin célèbre...

Jean-Jacques Goldman : Ça veut dire que ce rédacteur en chef va punir les déviances en fonction de ce que lui trouve bien ou pas bien. Moi, je préfère que ce ne soit pas ce monsieur-là qui décide, mais la Justice.

Thierry Coljon : Tu es plutôt discret mais as-tu déjà eu affaire à ces gens ?

Jean-Jacques Goldman : Tout le temps. Ils m'ont pris en photo en train de donner des leçons de ski à ma gamine. J'ai fait un procès et j'ai gagné. Il le faut, sinon t'es mort. Il n'y a absolument rien de moral à attendre de ces gens-là. Il faut légiférer. C'est dommage d'attendre la mort d'une femme de 36 ans pour penser qu'il y a peut-être un problème.

Thierry Coljon : Sinon, es-tu toujours obligé de garder ton casque de moto intégral sur la tête pour aller acheter des disques en ville ?

Jean-Jacques Goldman : Mais ça, c'est autre chose. C'est un autre aspect, de vie courante, qui n'a rien de moral. On ne peut pas avoir que des avantages et aucun désavantage. Ce n'est rien. Hier, j'étais dans le Thalys pour faire Paris-Bruxelles, je lisais mon journal tranquillement, un gamin est venu près de moi et m'a demandé si j'étais vraiment Jean-Jacques Goldman, je lui ait dit : Ben oui, pourquoi ? Il me dit : Mais vous n'avez pas de garde du corps ? Il était très étonné de ça.

Thierry Coljon : Le titre "En passant", tout comme les photos de l'album confirment que tu aimes ou désires être un anonyme dans la foule...

Jean-Jacques Goldman : C'est une grande sécurité pour moi de faire partie du monde. Ça me rassure beaucoup. J'en ai besoin. Je trouve ça effrayant d'être seul. Tout ce que j'ai essayé de faire depuis mon enfance, ça vient de mes parents qui ont tellement voulu s'intégrer. Cette envie d'être dans le monde. Ce que je n'ai pas toujours réussi à faire malheureusement... D'être un parmi d'autres me procure beaucoup de plaisir et de sécurité.

Thierry Coljon : On trouve dans ce disque une recherche de simplicité, un côté blues épuré qu'on retrouve aussi chez un Cabrel par exemple...

Jean-Jacques Goldman : Je sais quel est notre cousin et notre référence absolue qui est Bob Dylan. Sinon je vois aussi une grande analogie avec la face deux de "Entre gris clair et gris foncé". C'est un truc que j'ai toujours fait. Il n'y a rien de spécialement nouveau. Je crois que depuis le premier album, il y a toujours eu chez moi une partie assez violente, assez saturée et une partie très acoustique... Je constate que la partie la plus violente est, effectivement, en train de disparaître mais il y a une raison très simple qui s'appelle l'âge. J'ai 46 ans et je me sens moins capable de chanter "Quand la musique est bonne" ou "Minoritaire" parce que je n'ai plus trop l'âge.

Mais le public change aussi, il n'a plus le même âge. Je me rappelle quand j'ai commencé mes concerts à Forest-National, vers 19 heures toute la fosse "debout" était pleine et arrivaient ensuite ceux qui s'asseyaient dans les gradins. Maintenant les gens se mettent dans les gradins d'abord et quand il n'y a plus de place, ils vont dans la fosse. C'est donc un public qui n'attend plus la même énergie mais aime écouter. Ce sont les mêmes personnes avec quinze ans de plus en fait. Il faut adapter les conditions de spectacles au public que l'on a. Même Presley à un moment a dû faire mettre des sièges.

Thierry Coljon : Et donc, avant de partir en tournée, en mars, tu vas encore trouver le temps de faire le Céline ?

Jean-Jacques Goldman : Je pense que ce n'est ni son intérêt ni le mien de refaire un disque ensemble après le succès du précédent, mais il y a le plaisir. J'ai très envie de travailler à nouveau avec elle parce que c'est une des plus grandes chanteuses du monde. Je ne vois pas comment, pour des raisons stratégiques, on peut renoncer à un tel plaisir.

Thierry Coljon : D'écrire pour elle te permet d'aller plus loin, vu ses capacités vocales...

Jean-Jacques Goldman : Il y a ça, les tessitures sont moins un problème que pour moi mais du point de vue artistique, elle ne se contente pas de chanter la mélodie, elle te fait dix propositions, parfois elle en fait trop. Sur scène, ça gêne parfois certains. Mais quand toi, tu es à la console, c'est un cadeau. C'est unique, ça.

Thierry Coljon : Et il y a aussi le Yves Simon, non ?

Jean-Jacques Goldman : Je ne peux rien faire pour Yves. Je peux éventuellement l'aider en tant que coproducteur. Peut-être. Yves, il vient à la maison, il prend une guitare, on chantonne, ça se passe comme ça. Il n'y a rien de formel. Et en tout cas, une certitude, je ne lui ferai pas de musiques ni de textes. Il n'a pas du tout besoin de moi pour ça. Je vais seulement être comme une espèce de miroir.

Thierry Coljon : Contrairement à Simon ou à un Leonard Cohen par exemple, tu n'as jamais été tenté par le format long, un roman ou un essai...

Jean-Jacques Goldman : Non, je m'en sens tout à fait incapable. Yves a été écrivain avant de faire des chansons. Un écrivain peut s'essayer au format court, cette démarche là est possible, avec plus ou moins de succès, d'ailleurs. La chanson, c'est tellement tentant, cette immédiateté que donne la chanson. On a une réponse tout à fait palpable, non seulement au concert mais dans la rue. On a l'impression que la musique est comme de l'huile qui fait passer les mots. De façon tellement plus profonde, plus populaire... Avec le problème que c'est tout de même du vent, les chansons disparaissent contrairement aux livres. Si je parle de Charles Trenet ou de Maurice Chevalier à mes enfants ils ne connaissent pas. La littérature reste parce qu'elle est imposée par l'école.

Thierry Coljon : Ferré a mis en musique Rimbaud, Verlaine, Baudelaire... Le Forestier a ressuscité Brassens,les derniers disques de Dylan ont puisé dans le patrimoine folk américain...

Jean-Jacques Goldman : Ces chansons-là passent à la postérité, dans le sens qu'elles se perpétuent naturellement, pas de façon institutionnelle. Dans les fêtes ou les matches de foot, elles se transmettent...

Thierry Coljon : Qu'est-ce que ça te fait de voir un boys band comme Worlds Apart reprendre une de tes chansons ?

Jean-Jacques Goldman : Mais ce ne sont pas les seuls. A part "Je te donne", il y a "Pas toi" en version un peu new-jack reprise par les trois filles de Mel Groove et puis il y a un rapper qui a repris je ne sais plus quelle chanson. Isabelle Aubret aussi en son temps en avait chanté une. Ils n'ont pas à demander l'autorisation s'ils ne touchent pas à la chanson. Mais si on me le demande, je dis toujours oui par principe. J'ai tellement joué les chansons des autres que rien ne me rend plus fier que ça. Même si c'est un boys band. Surtout si c'est un boys band. Les chansons ne sont pas si sacrées que ça. Elles sont faites pour être chantées.

Thierry Coljon : Est-ce vrai que Serge Lama et Petula Clark t'ont demandé des chansons ?

Jean-Jacques Goldman : Oui. Pas pour de mauvaises raisons, je pense. C'est qu'ils aiment mes chansons, et puis il n'y en a pas tant que ça sur le marché, des chanteurs qui composent pour les autres. Il y avait Berger. Ni Souchon, ni Renaud, ni Cabrel, ni Jonasz ne le font. Il est donc normal qu'on me le demande. Si je refuse, c'est parce que je n'ai pas le temps. Sinon, quand j'ai le temps, il faut aussi que ces gens me touchent, et que j'aie l'impression de leur être utile. Pour Khaled, je me suis d'abord demandé ce que je pouvais lui apporter avant d'accepter.

Thierry Coljon : Les textes de "En passant" sont peut-être les moins évidents que tu aies écrits, les plus flous, les plus impressionnistes. Plutôt que descriptifs avec une histoire, un début et une fin...

Jean-Jacques Goldman : C'est une des chances de chanter en français et de l'importance du texte. Vieillir est le problème de tous les compositeurs. C'est clair qu'à un moment, on tourne en rond sur le plan musical. Nous, en France, on a cette possibilité de défricher d'autres voies sur le plan du texte. Et c'est vrai que jusqu'ici j'avais laissé ces terrains relativement vierges. C'est une façon non pas de progresser mais de s'intéresser à d'autres aspects d'une chanson...


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