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Tournent les violons

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Auteur : Jean-Jacques Goldman
Compositeur : Jean-Jacques Goldman
Editée par : JRG

Version originale
Année : 2001
Interprétée par : Jean-Jacques Goldman
Distribuée par : Columbia / Sony Music

 

Reprises O trouver ce titre Retour au menu

Année Interprète Support Référence Pochette
2001 Jean-Jacques Goldman CD Chansons pour les pieds COL 504 735-2
2002 Jean-Jacques Goldman CD promo 2 titres SAMPCS 11209
2003 Jean-Jacques Goldman K7 Un tour ensemble COL 510 500-4
2003 Jean-Jacques Goldman CD Un tour ensemble COL 510 500-2


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Les chansons sont souvent plus belles... Paroles Retour au menu

Grande fête au château il y a bien longtemps
Les belles et les beaux, nobliaux, noble sang
De tout le royaume on est venu dansant

Tournent les vies oh tournent les vies oh tournent et s'en vont
Tournent les vies oh tournent les violons

Grande fête aux rameaux et Manon a seize ans
Servante en ce château comme sa mère avant
Elle porte les plateaux lourds à ses mains d'enfant

Tournent les vies oh tournent les vies oh tournent et s'en vont
Tournent les vies oh tournent les violons

Le bel uniforme, oh le beau lieutenant
Différent des hommes d'ici blond et grand
Le sourire éclatant d'un prince charmant

Tournent les vies oh tournent les vies oh tournent et s'en vont
Tournent les vies oh tournent les violons

Redoublent la fête et les rires et les danses
Manon s'émerveille en remplissant les panses
Le bruit, les lumières, c'est lui qui s'avance

Tournent les vies oh tournent les vies oh tournent et s'en vont
Tournent les vies oh tournent les violons

En prenant son verre auprès d'elle il se penche
Lui glisse à l'oreille en lui frôlant la hanche
"Tu es bien jolie" dans un divin sourire

Tournent les vies oh tournent les vies oh tournent et s'en vont
Tournent les vies oh tournent les violons

Passent les années dures et grises à servir
Une vie de peine et si peu de plaisir
Mais ce trouble là brûle en ses souvenirs

Tournent les vies oh tournent les vies oh tournent et s'en vont
Tournent les vies oh tournent les violons

Elle y pense encore et encore et toujours
Les violons, le décor, et ses mots de velours
Son parfum, ses dents blanches, les moindres détails

Tournent les vies oh tournent les vies oh tournent et s'en vont
Tournent les vies oh tournent les violons

En prenant son verre auprès d'elle il se penche
Lui glisse à l'oreille en lui frôlant la hanche
Juste quatre mots, le trouble d'une vie
Juste quatre mots qu'aussitôt il oublie

Tournent les vies oh tournent les vies oh tournent et s'en vont
Tournent les vies oh tournent les violons

Elle y pense encore et encore et toujours
Elle y pense encore et encore et toujours

Tournent les vies oh tournent les vies oh tournent et s'en vont
Tournent les vies oh tournent les violons

Tournent les vies oh tournent les vies oh tournent et s'en vont
Tournent les vies oh tournent les violons

Les chansons appartiennent  ceux qui les coutent Les chansons sont souvent plus belles... Retour au menu

Diane : Dans un instant on va écouter la chanson "Tournent les violons". Cest un très beau voyage dans le temps tout en musique, cest aussi une histoire que chacun de nous peut vivre ou a vécu ou vit : celle de retenir au fond du cur un regard, un sourire, une phrase comme dans la vôtre "tu es bien jolie". Ce trouble nourrit des fantasmes ou encore lespoir. Est-ce quon peut appeler ça un acte manqué : lamour, la passion ?

Jean-Jacques Goldman : Il sagit là dun malentendu, de deux personnes qui sont côte à côte et qui ne vivent pas du tout la même chose : une va vivre ces cinq secondes dune façon infinie, elle va sen souvenir toute son existence, et lui va loublier dans les dix secondes, voilà. Cest le malentendu ultime.

Diane : Quels sont les personnes et les instruments clés de cette chanson ?

Jean-Jacques Goldman : Cest ce beau lieutenant qui dit à ces jeunes femmes quelles sont jolies, et cette servante qui lentend comme sil ne lavait dit que pour elle.

Vos messages personnels
Chérie FM, 4 décembre 2001


Eric Jean-Jean : Ce sont des trucs qu'on adore chez toi, ces espèces de petits instantanés de vie qui en font basculer une de vie, c'est-à-dire que cette servante, comme ça, pour une minute dans sa vie, elle ne sera plus jamais la même. Tu aimes bien observer les gens, je me rappelle sur l'album "En passant" justement d'une chanson dans laquelle tu racontais l'histoire d'une fille que tu vois assise à côté de toi. C'est une manière d'écriture pour toi que de regarder les gens et de penser à des tranches de vie ?

Jean-Jacques Goldman : Oui, puis d'imaginer dans des situations qui nous paraissent tellement banales, d'y voir quelque chose de très intense. Par exemple, cette fille-là qui ne se rend même pas compte que ce type est à quatre mètres, puis qu'il la regarde intensément, qui se pose des questions sur sa vie, sur ce qu'il doit faire, sur son courage, sur sa lâcheté, sur les tabous sociaux, sur tout ça, et elle, elle est juste en train de tourner ou de lire un bouquin, ou alors sur les deux personnes qui se côtoient et il y en a un qui est un peu bourré et qui dit une phrase qu'il oublie tout de suite et juste cette phrase là va obséder toute une existence. Tu sais, on n'est pas loin de tout à l'heure, quand Patrick m'avait vu dans ce couloir : Le papier, il l'avait sur lui et moi j'avais griffonné ça entre vingt autres lettres et je ne me souvenais plus exactement de ça et lui c'était la sienne, c'était son mot qui le suivait comme presque un porte bonheur.

Studio 22
RTL, le 5 décembre 2001


Jean-Jacques Goldman : Un jour, en haut d'une piste de ski, une femme arrive : "je veux juste vous dire que je vous ai rencontré et que vous m'avez dit et que grâce à ça, maintenant je fais cela". Moi, je n'en avais bien sûr aucun souvenir. Ça m'a impressionné : dire quelque chose qu'on oublie mais qui reste pour toute une vie auprès de quelqu'un. La chanson va au bout de ce paradoxe.

J'adore l'idée que l'amour se joue de nous
Télémoustique, le 12 décembre 2001


Eric Jean-Jean : "Tournent les violons", c'est une très, très jolie chanson. Alors c'est ça la tarentelle. C'est ta vie qui non pas change mais une espèce de souvenir qui s'inscrit dans une tête en un quart de seconde et que tu n'oublieras jamais.

Jean-Jacques Goldman : Et que l'autre a oublié, c'est-à-dire deux destins qui se croisent et qui ne vivent pas la même chose au même moment.

Eric Jean-Jean : C'est l'histoire d'une servante qui est en train de servir dans un bal ça se passe au Moyen-Age, d'ailleurs la musique

Jean-Jacques Goldman : Oui. C'est la rencontre de deux musiques : il y a une musique très populaire qu'on a enregistrée avec une vielle, avec une flûte traditionnelle, avec un violon joué comme ça de façon folklorique et authentique, c'était des musiciens médiévaux, vraiment, et d'un autre côté, l'orchestre de la cour, l'orchestre du bal avec cette musique bien léchée

Eric Jean-Jean : En fait, j'ai d'abord lu cette chanson et je l'ai lu avec beaucoup d'anxiété parce que j'ai cru qu'il allait se passer une saloperie qui ne se passe pas !

Jean-Jacques Goldman : Non Oui, enfin, c'est presque pire parce que elle, elle va vivre toute sa vie avec les quatre mots que ce beau lieutenant lui a dits en passant, et lui, il l'a oubliée dix secondes après.

Eric Jean-Jean : Qu'il est beau dans son armure, il ne ressemble pas aux autres, il se penche vers elle et je me suis dit "il va l'emmener dans un coin, il va se passer un truc terrible"

Jean-Jacques Goldman : Non, non, il lui dit juste "tu es bien jolie, toi" et elle, elle va y penser toute sa vie et lui après, il est allé se saoûler la gueule comme ça [rires] et il lui a dit ça en pensant à autre chose.

Paroles et musiques
RTL, le 15 décembre 2001


Laurent Boyer : Alors, "Tournent les violons" une histoire médiévale. Là, encore on se balade, on part ailleurs. Yvan Cassar, les violons

Jean-Jacques Goldman : Oui, et puis une vielle, une vraie vielle. Une vraie vielle, une vraie flûte

Laurent Boyer : Traditionnelle.

Jean-Jacques Goldman : Traditionnelle, un violon traditionnel

Laurent Boyer : Dans cette chanson, il y a les deux violons, c'est à dire le violon solitaire, villageois, qui est vraiment joué d'une certaine manière, et tout à coup, il y a le violon de cour qui arrive, avec l'orchestre de chambre.

Jean-Jacques Goldman : C'est la rencontre de deux mondes : un monde très villageois et puis le grand monde du château, la petite Manon et le grand Lieutenant qui de façon improbable se rencontrent.

Fréquenstar
M6, le 16 décembre 2001


Géraldine : Dans l'album, est-ce qu'il y a une chanson que vous affectionnez plus particulièrement, qui vous tient plus à cur pour une raison ou pour une autre ?

Jean-Jacques Goldman : Je ne sais pas, il faudrait que je revois la liste là des chansons de l'album C'est difficile alors j'ai déjà dû répondre à ça, mais c'est un peu comme si on demande de choisir son enfant préféré, quoi. On les aime tous pour J'étais en train de penser à "Ensemble", parce qu'elle est un peu bizarre, parce qu'elle a une histoire, parce que je sais comment elle est née, je sais avec qui je l'ai enregistrée. Après je pensais à "Tournent les violons" parce que c'est une chanson que j'aime bien aussi. Après je pensais aux "Petits chapeaux" parce que j'aime bien le texte. Enfin des trucs comme ça. Et puis après, si je les prends les unes après les autres, je pense que je les aime toutes bien, quoi. C'est difficile.

Rencontre avec Jean-Jacques Goldman
Radio Maguelonne, 17 avril 2002


Géraldine : Revenons sur "Tournent les violons", justement. C'est une chanson qui vous est venue comment au niveau de l'inspiration ? Parce que ce thème historique, c'est quand même particulier

Jean-Jacques Goldman : Sur le plan de la musique ou sur le plan du texte ?

Géraldine : Et bien les deux en fait, parce que les violons guident le texte

Jean-Jacques Goldman : Sur le plan du texte, très sincèrement, ce sont des lettres ou des rencontres de gens qui me disent : "Voilà, je voulais juste vous dire qu'il y a quatorze ans, vous m'aviez dit ça et depuis, voilà, j'ai fait ça dans ma vie et tout ça et cette phrase ne m'a pas quitté et tout ça". Et moi je ne m'en souvenais plus. Et ça, ça me frappait et puis ça me choquait ! Comment une phrase peut être tellement importante, ou un moment peut être tellement important pour quelqu'un et oublié par l'autre ? Donc, à partir de ce moment-là, à partir du moment où le thème existe, on cherche le moyen de l'illustrer. Donc c'est devenu cette petite servante et ce lieutenant un peu bourré là, tout à coup, dit une phrase qu'il va oublier et voilà. Mais le point de départ c'est cette idée de départ, oui, de malentendu, quoi.

Géraldine : L'insérer dans un thème historique, c'est venu comme ça, lors de la visite d'un château dans la région ou ?

Jean-Jacques Goldman : Je pense que c'est venu probablement au fur et à mesure de l'évolution de la musique où je me suis rendu compte que ce serait comme ça, un rythme un peu tarentelle.

Géraldine : Donc vous connaissiez déjà la musique, la tarentelle, la musique médiévale ? Parce que vous avez parlé dans une interview de deux types de violons : les violons plutôt du côté paysans, des basses classes et puis les violons de la fête

Jean-Jacques Goldman : Oui. Je les connaissais sans les connaître tout en les connaissant. C'est-à-dire le fait d'avoir fait de la musique classique, enfin d'avoir étudié le violon, probablement, j'ai dû faire des études, comme ça, de musiques folkloriques. Ces musiques folkloriques sont probablement utilisées par les musiciens classiques. En tout cas, ça ne m'est pas inconnu. Mais c'est vrai qu'en composant la chanson et en la terminant, c'est après, quand j'ai fait les percussions avec un musicien percussionniste traditionnel que j'ai demandé. Je savais que c'était quelque chose à trois temps, je savais que c'était une danse folklorique, mais je ne savais pas exactement ce que c'était. Et il dit : "Bon, je pense que c'est une tarentelle". Mais je suppose que si on va en Espagne ou si on va à Prague ou si on va en Pologne, il doit y avoir des rythmes comme ça qui ont un autre nom.

Rencontre avec Jean-Jacques Goldman
Radio Maguelonne, 17 avril 2002


Eric Saya : Dans "Tournent les violons", tu racontes l'histoire d'un malentendu entre une jeune fille et un seigneur. La jeune fille attend toute sa vie un amour qui ne viendra jamais. Lorsque tu parlais des femmes dans tes chansons, elles ont souvent eu une attitude souvent passéiste comme dans "La vie par procuration", "Elle attend", "Il me dit que je suis belle", "En attendant ses pas". Est-ce que c'est vraiment un constat ?

Jean-Jacques Goldman : Là, il s'agit d'un constat que tu fais toi- même, car j'avoue que je n'analyse pas trop mes chansons, mais c'est vrai. Je suis beaucoup touché par ces femmes qui rêvent. Je ne dis pas qu'elles me plaisent forcément, mais ce sont des personnages qui me touchent, surtout le côté "je vivrai plus tard".

Sans limites
Radio Kol Hachalom, 22 juin 2002


François-Xavier Menou : Erick Benzi m'a dit un jour que tu étais quelqu'un qui savait ce qu'il ne voulait pas. Est- ce qu'à l'inverse tu as, en studio, une idée précise de ce que tu veux ? Quelle liberté laisses-tu aux musiciens qui travaillent avec toi ?

Jean-Jacques Goldman : Les musiciens interviennent mais dans des cadres quand même : par exemple pour "Tournent les violons", on laisse effectivement un peu carte blanche au joueur de vielle, mais lorsque le percussionniste arrive, il y a déjà un tempo, il y a déjà des séquences. C'est donc dans ce cadre-là qu'on le laisse libre. Ensuite on prend ce qui nous intéresse, et on jette ce qui nous intéresse pas. On laisse tout à fait les musiciens s'impliquer et donner leurs idées, parce que ce sont des spécialistes de ce style, mais dans un cadre assez pré-établi.

Jean-Jacques Goldman : Le faiseur de chanson
Côte Basque Magazine, le 10 juillet 2002


Philippe Robin : On a vu pendant le concert qu'il y a des chansons par rapport auxquelles les gens réagissent vraiment beaucoup, ce sont les chansons celtiques, qui ont une petite note celtique : "Je voudrais vous revoir", "Tournent les violons". Ce doit être celles là... Ou d'autres ?

Jean-Jacques Goldman : "Et l'on n'y peut rien".

Philippe Robin : "Et l'on n'y peut rien". Voilà. Et là, il y a une réaction très très forte du public. Pourquoi ? C'est le côté musique folklorique qu'on a tous en nous ?

Jean-Jacques Goldman : Dans le cas de "On n'y peut rien", c'est simplement parce qu'elle est faite pour ça. C'est une gigue. C'est fait pour avoir envie de danser, pour donner cette envie. C'est comme si on commençait avec un rock. Tout de suite, c'est efficace, parce que c'est une musique qui est faite pour ça. Dans le cas de "Je voudrais vous revoir", je ne pense pas que ce soit le côté celtique d'ailleurs, qui n'est pas évident au début ; c'est juste à la fin avec les cornemuses. Je crois plutôt qu'ils sont attachés au texte.

Au fil des mots
Léman Bleu (Suisse), 10 octobre 2002


Jean-Luc Cambier : Autour de vous, personne ne tente de vous calmer quand vous venez avec ce genre d'effet difficile et coûteux ?

Jean-Jacques Goldman : Ce n'est jamais arrivé. C'est mon luxe. J'ai fini par être entouré de gars que la difficulté excite. Même mes techniciens sont des vicelards. Plus c'est compliqué, plus ça les intéresse. Les autres, je ne travaille plus avec eux. Un concert ordinaire les décevrait. Ça vaut aussi pour la musique. Quand je dis à Erick Benzi (complice aux arrangements et à la production) que la chanson "Tournent les violons" est à trois temps, qu'elle doit faire médiévale avec un passage Renaissance mais quand même passer sur NRJ, il trouve ça marrant.

Goldman : "J'ai besoin de prévoir le pire"
Télémoustique, 25 juin 2003
Propos recueillis par Jean-Luc Cambier


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1. Approche textuelle
 
Un ouvrage "classique", entre guillemets qui nous ramène au temps de la poésie médiévale et des troubadours, à l'époque de l'amour courtois où "toucher n'est pas jouer". En effet, traditionnellement, les chansons de l'époque - car il s'agit de poèmes chantés - racontent les émois de soupirants, leurs regrets de ne jamais pouvoir atteindre l'objet -ou plutôt le sujet - de leur amour : généralement une gent et noble dame, vertueuse, idéale, secrète, inaccessible.
 
Dans ce genre particulier, on distinguait entre autres le "trobar" simple, ouvrage à la versification facile et au contenu limpide, destiné au "grand public" et immédiatement compréhensible, qui s'opposait à un trobar plus ésotérique. JJ nous livre ici un exemple de la première version, à cette différence près que le féminisme étant passé par-là au cours de ce dernier siècle, celui qui soupire en secret n'est plus un homme mais une jeune femme. En tout cas, la prose est métrée (alexandrin de rigueur), le vocabulaire pittoresque (bel, les beaux, nobliaux, royaume, château, etc.) et conformément à la tradition, l'amour naissant ne sera jamais consommé.
 
Voici deux courts exemples de poèmes dont le thème s'approche de notre chanson (j'en aime beaucoup le côté désuet et précieux mais je ne vous en voudrai pas si vous zappez...) :
 
Je suis semblable à la licorne qui contemple fascinée, la vierge qui suit son regard.
Heureuse de son tourment, elle tombe pâmée en son giron, proie offerte au traître qui la tue.
Ainsi de moi, je suis mis à mort. Amour et ma dame me tuent.
Ils ont pris mon cur, je ne peux le reprendre.
 
Dame, quand je fus pour la première fois devant vous, quand je vous vis,
Mon cur si fort tressaillit qu'il est resté auprès de vous quand je partis.
Alors il fut emmené sans rançon et enfermé dans la douce prison
Dont les piliers sont de désir, les portes de contemplation, et les chaînes, de bon espoir.
(...)
Dame, je ne redoute rien tant que de manquer à vous aimer.
J'ai tant appris la souffrance qu'elle m'a liée tout entier à vous.
Et même s'il vous déplaisait, je ne pourrais renoncer à vous
Sans emporter au moins mes souvenirs.
Mon cur, lui, restera en prison, et peut-être moi-même. "
(Je suis semblable à la licorne, de Thibaut de Champagne)
 
Dame d'honneur, au jour clair comparée,
Plus, je ne puis vous aimer ni chérir,
Car vous êtes de tous biens si parée
Que vous ne pouvez grandement enrichir,
Sans votre honneur amoindrir,
Un disetteux ; et je suis celui, pour de vrai,
Qui grand besoin a de confort avoir.
Donc ordonnez, ma chère dame, ainsi :
Par votre gré que je puisse recevoir
Le gracieux, plaisant don de merci.
 
En bon espoir est ma plaisante née,
Qui ne veut aucunement laisser
Mais s'est du tout en moi abandonnée
Et me semonce de mon cur réjouir.
Par ce très doux souvenir,
Et le penser réconforté d'espoir,
Me sont d'accord désir et franc vouloir
De vous servir, ma dame, à qui je crie :
Par votre gré que je puisse recevoir
Le gracieux, plaisant don de merci. "
(Dame d'honneur, au clair jour comparée, de Jean Froissart)
 
Dans "Tournent les violons", chanson de geste du XXIème siècle en quelque sorte, JJ nous livre donc l'histoire d'un amour impossible, d'un conte de fée avorté La "souillon de service" ne deviendra jamais Cendrillon; le prince charmant ne sera pas pour elle car ils ne sont pas du même monde. A l'écoute de ce texte, certains ont peut-être pensé au "Bal des Laze" de Polnareff ("Je serai pendu demain matin ; ma vie n'était pas faite pour les châteaux..."). Manon sera l'éternelle soupirante qui aspire à mieux et qui reste étouffée par sa condition. Elle rejoint peut-être ainsi dans l'imaginaire de JJ, les "héroïnes" (tiens, la dernière chanson de Voulzy ; à écouter au passage en regard de celle-ci...), de "Elle attend" ("Et elle s'invente des voyages, entre un fauteuil et un divan, d'eau de rose et de passion sage, aussi purs que ces vieux romans, aussi grands que celui qu'elle attend...") ou de "La vie par procuration" ("... mais finalement de moins pire en banal, elle finira par trouver ça normal...").
 
Enfin, la scène se passe le jour des Rameaux, jour de fête pour les juifs qui célèbre l'arrivée du Messie - Jésus- à Jérusalem. Ce jour là, la foule en liesse jeta des branches (des rameaux), sur le passage du Christ.
 
2. Approche musicale
 
Comme le texte, l'instrumentation pittoresque situe bien le cadre historique de la chanson. A côté de cela, la remise à la mode par Obispo vers 95 des violons dans la variété (dans le style des chansons disco des seventies) trouve ici encore un exemple éloquent. Ce retour des cordes depuis quelques années s'inscrit dans le retour au "naturel" dans la musique ; après la folie des boîtes à rythme dans les années 80, les nineties ont laissé la place aux concerts acoustiques, aux comédies musicales avec le retour des chanteurs/euses à voix (Céline, Liane, Hélène, Patricia, Lara, Linda, Andréa et plus récemment, Isa et Natacha... petit jeu : cherchez l'intrus et celles qui sont sponsorisées par JRG...). Il est d'ailleurs amusant de voir que la techno n'a fait que sampler avec qualité tous les instruments pour mieux les utiliser (cf. Daft Punk ou Saint Germain) ; de même, les voix des chanteuses techno (enfin, de la "gentille" techno, plus proche à mon goût de la Dream Music ; Jam and Spoon par exemple) sont souvent puissantes et très envoûtantes et diffèrent quand même quelque peu de la soupe musicale déversée par les L5 ou autres "pop stars" comme Lorie ou Alizée.
 
Bref, ce violon revenu à la mode, JJ l'avait déjà utilisé aussi pour Céline Dion ("On ne change pas") et plus récemment encore (et de façon plus évidente) sur le dernier album de Marc Lavoine pour "J'écris des chansons". Du point de vue musical, on retrouve sur "Tournent les violons", les violons (synthétiques cette fois) utilisés autrefois sur "A quoi tu sers" (à la cinquième minute sur "Entre gris clair et gris foncé") et sur "Il changeait la vie" (au passage les 2 premières chansons d'Entre gris clair et gris foncé") : pont à 2'15 avant "c'était un p'tit bonhomme" (contre ici un p'tit bout d'femme...) quasi identique à celui de "Tournent les violons" à 1'53 ; de même, le final "Il changeait la vie" est très proche de celui de "Tournent les violons". Bref, une nouvelle fois, force est de constater que sur "Chansons pour les pieds", JJ semble faire du neuf avec du vieux (je passe sur la proximité avec la BO d'Astérix ; sa composition aurait-elle donné des idées à notre auteur ?).
 
Enfin, si certains connaissent Clannad ou Altan (voire les Pogues dont s'inspirent pas mal Louise Attaque en ce moment), ce genre de chansons à l'atmosphère surannée (inspirées des traditionnels irlandais où le "fiddle" joue beaucoup) ne leur semblera pas étranger. Mais encore une fois, comme pour "Une poussière", ces similitudes n'enlèvent rien à la singularité de la chanson qui est, en soi, unique, et dont, surtout, la portée est intemporelle, comme nous nous en allons tenter de vous le montrer...
 
3. Exégèse ( à suivre, comme "Une poussière", au fil de la chanson -
mais attention on démarre sur le morceau 4, à 6'10, juste après "La pluie"...).
 
Paris, dimanche 24 mars 2002, Place de la Concorde : dans la salle de réception de l'Hôtel Crillon, les musiciens traditionnels demandés pour l'occasion s'accordent et préparent leurs instruments. Un à un, chacun entre dans le mouvement (percussions diverses, flûte, mondoloncelle, etc.). Pendant ce temps, les préparatifs vont bon train : pour célébrer l'arrivée du printemps, la direction du Crillon a organisé avec une agence en communication événementielle une soirée "VIP" pour ses bons clients sur le thème de la "fête médiévale". Au menu, troubadours, jongleurs, cracheurs de feu, rivières de petits fours, canapés à profusion et champagne à volonté..... Pendant ce temps, Mariah enfile tranquillement sa biaude pour prendre son service. En cuisine, derniers préparatifs : les marmitons s'apprêtent à déverser l'avalanche de gâteries sortie des fourneaux sur les petits bras des serviteurs.
 
Mais voilà justement les premiers invités qui arrivent dans cet hôtel luxueux (-1'20), au son de l'orchestre qui accélère la cadence pour les recevoir et les mettre dans l'ambiance. Mariah ouvre grand les yeux : c'est sa "première fois" ; elle n'a jamais vu autant de paillettes. Et les oreilles aussi : finalement, cette musique qui s'affole, hypnotique, envoûtante, elle a des accents berbères, comme celle que Papa écoute parfois, en souvenir du bled (d'ailleurs, la vièle qu'elle entend n'a-t-elle pas été importée du Moyen-Orient précisément au Moyen-Âge ?).
 
Top départ ! Tous les invités sont arrivés des quatre coins de la planète ; le grand charivari peut commencer (véritable début de la chanson à 0'00). Les musiciens "sont au zénith" du mouvement qu'ils accélèrent encore en frappant un peu plus la cadence (gros tambour). Les starlettes esquissent un déhanché ; elles danseraient bien volontiers au son des flûtiots. Le gratin se mélange au gotha : dirigeants d'entreprises et hommes politiques du monde entier (ministres, princes, émirs) escortés de leurs ladies respectives, stars du show-biz (chanteurs/chanteuses, acteurs/actrices) et membres de la jet-set (gigolos, princesses, top-models...). Sous les yeux de la petite serveuse défilent les personnalités qu'elle n'a croisées que dans les magazines quand, dans sa banlieue éloignée, à une heure de R.E.R., elle rêve avec ses amies Zora et Aïcha sur des posters accrochés aux murs de sa chambre. Ces princes charmants placardés, ce sont par exemple Sami Nacéri, Zizou et, s'il est assez fou pour vouloir d'elle, le beau Vincent Cassel. Mais déjà, les starlettes se mettent à frétiller...
 
...sur la ritournelle qui continue...
 
...en cette soirée de strass et de paillettes, la jeune Mariah porte ses plats comme le Christ a porté sa croix. Elle sert de "passe-plat" à la plupart de ceux pour qui, la vie a tout "apporté sur un plateau". Péniblement, elle se glisse entre les silhouettes qui ne la remarquent pas, dans le ronron des play-boys qui "font du plat" aux midinettes. Devant tant d'opulence, Mariah repense à sa mère qui se lève tôt chaque matin, pour venir au même endroit faire le ménage des chambres de cette "high society", pour deux fois le RMI. Son seul luxe : rêver qu'un jour, sa fille...
 
...mais comme le temps, la musique poursuit sa course...
 
... et tandis que Mariah se fraie péniblement un chemin dans la foule, elle aperçoit une guest-star : c'est son prince Vincent, si grand dans son beau costume rouge du Pacte des Loups. Sa cape virevolte au milieu des invités (au son léger d'une suite d'accords arpégés) à qui il adresse le "sourire Colgate" de rigueur...
 
...hum, comme cette musique est bonne...
 
...alors que la fête bat son plein. L'ambiance s'enflamme au contact des baladins. Mariah est aux anges : son idole n'est pas loin, sous les lumières des projecteurs. Mais l'inespéré se produit : le voilà qui s'approche. Et son petit cur bat plus fort...
 
...au rythme de la même musique infernale...
 
... quand à cet instant, le "petit monde" de Mariah bascule : pour la première fois, une personne de la soirée lui adresse la parole. Pour la petite anonyme qui ne connaît que les ciels diaphanes de banlieue, c'est la première fois qu'une étoile brille sous ses yeux. Grâce à lui, le temps d'un éclair, elle existe enfin dans ce monde irréel. Alors, dans ce même regard tant de fois croisé de fan émerveillé, les mêmes mots cent fois utilisés produiront les mêmes effets : "Ça va ? ... T'es très sympa, tu sais !" . Mariah rougit. La tête qui tourne, elle fuit honteuse loin de la foule, l'objet de ses désirs secrets...
 
...au son des violons qui s'affolent comme elle est elle-même affolée. Et déjà, la musique l'éloigne des lieux comme de cet événement...
 
...mais plus dure est la chute (ce sifflement aigu qui surgit de loin, projette Mariah des années plus tard) car sa vie est restée la même. Mariah a retrouvé son lot quotidien : une vie d'ombre, en coulisse, pénible (la musique si gaie a ralenti et semble porter le poids de sa peine ; l'orchestration s'est nettement appauvrie, comme le décor de sa vie - un carrosse redevenu citrouille). Elle est au service du plaisir des autres mais trop rarement du sien. Malgré tout, chaque nouvelle soirée lui rappelle sa rencontre : ce soir-là, quand le beau garçon lui avait parlé...
 
...sur cette musique si gaie qui, lentement, suffit à rallumer en elle...
 
...la chaleur d'un astre lointain approchée un instant et qui brillera désormais pour l'éternité. Sa lumière, sa douceur, à des années-lumière de sa planète aujourd'hui refroidie...
 
...qui tourne à l'infini dans le vide d'une autre galaxie...
 
...où la valse infernale ralentit (fin de la danse) à mesure que le souvenir s'éloigne et se fait moins précis. La mélancolie gagne Mariah (les altos pleurent avec elle), qui aimerait faire le deuil de cette tranche de vie (apparition de l'harmonium solennel), mais on n'oublie pas ce feu là. Quand on s'est brûlé, la cicatrice reste gravée et vient de temps en temps raviver les flammes étouffées ("Elle aimerait le revoir"...).
 
Et si elle est passée dans sa vie à lui comme une étoile filante aussitôt oubliée, elle, elle y pensera jusqu'à son dernier souffle, chaque fois qu'elle entendra ces violons. Déjà maintenant, les battements de son cur s'accélèrent avec le rythme de cette musique qui revient (reprise du thème ad libitum). Et encore une fois, le souvenir s'efface et disparaît dans les limbes de son passé (les violons disparaissent peu à peu avec l'harmonium dans un effet de rotor doublé d'un effet de fade out). Les souvenirs se perdent dans la spirale infernale du temps, dans ce trou noir qui aspire les soleils, les fantômes, les larmes et les regrets au cur de la nuit éternelle, laissant au passage un léger "goût sur les lèvres"...

Moïse Rotat
En passant, 15 janvier 2002



Ce matin, vers 6h35, juste avant de partir travailler, j'ai eu le plaisir de voir sur M6 le dernier clip de JJG "Tournent les violons" en entier.

Je dis le plaisir parce que c'est un beau clip, tant par l'histoire de la chanson respectée de bout en bout (pour une fois), les beaux costumes et figurants, le décors accordés à ce qui est raconté. Car, en fait, dans ce clip, JJ joue le rôle d'un homme contemporain, qui fait la visite de ce qui ressemble à une "église-château" et qui nous raconte une histoire qui s'y est déroulée dans un passé lointain.

A l'époque où il nous emmène, les damoiselles et damoiseaux sont habillés avec de beaux vêtements, ils dansent pendant une fête, invités par une femme importante, la propriétaire des lieux certainement. On y croit tellement les détails sont justes et l'histoire est vraiment intéressante.

La jeune fille est vraiment jolie et le lieutenant a un beau sourire quand il lui dit la phrase fatidique : "Tu es bien jolie" mais aurait pu être plus blond je pense. On suit Manon avec tendresse et compréhension mais on comprend aussi très bien que le lieutenant soit à cent lieux de faire vraiment attention à cette servante alors qu'il est courtisé par des filles de la noblesse et qu'il a un rang à tenir. Il aurait pu bien sûr  la séduire pour une nuit, mais fort heureusement il ne s'en tient qu'à ces quatre mots qui marquent à vie Manon et ses rêves d'adolescente.

JJ ne semble pas à l'aise en acteur mais il ne l'a jamais été. Son rôle est plutôt statique et très très sérieux.

Je ressors de ce clip touchée par sa beauté et son goût de passé avec ses personnages si touchants.

Anne Moreau
En passant, 18 mars 2002



 

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